Vous avez souscrit un prêt immobilier en francs suisses, convaincu de profiter d’un taux attractif ? Des années plus tard, votre capital restant dû a gonflé, vos mensualités ont augmenté, et personne ne vous avait vraiment expliqué pourquoi. Ce scénario, des milliers d’emprunteurs français l’ont vécu. Le mécanisme du risque de change EUR/CHF a transformé ce qui ressemblait à une bonne affaire en un piège financier durable. Comprendre ce qui s’est passé, c’est la première étape pour savoir si vous pouvez agir.
Quels recours existent pour les emprunteurs victimes d’un prêt en CHF ?
Face à une dette qui s’est alourdie sans que vous l’ayez anticipé, la question du recours juridique devient centrale. Plusieurs voies s’offrent à vous selon la nature du contrat signé et les manquements de votre banque.
La première piste repose sur la nullité du contrat. Si les clauses relatives au risque de change n’étaient pas rédigées de façon claire, ou si votre banque ne vous a pas expliqué concrètement les conséquences d’une appréciation du franc suisse sur votre dette en euros, vous pouvez contester la validité de ces clauses devant la justice. La Cour de cassation a rendu plusieurs décisions favorables aux emprunteurs dans ce type de litige, ouvrant la voie à des remboursements de trop-perçus ou à une conversion du prêt en euros au taux d’origine.
La deuxième piste concerne les clauses abusives. Un contrat de prêt en CHF qui faisait peser l’intégralité du risque de change sur l’emprunteur, sans contrepartie ni information suffisante, peut être qualifié de déséquilibré au sens du droit de la consommation. Ce déséquilibre ouvre un droit à réparation.
Pour aller plus loin, découvrez comment constituer votre dossier pour annuler votre prêt en CHF et engager une démarche structurée face à votre établissement bancaire.

Comment le risque de change EUR/CHF a alourdi les dettes immobilières ?
Pour comprendre pourquoi votre dette a grossi, il faut revenir au fonctionnement d’un prêt indexé en devises étrangères. Votre capital emprunté était exprimé en francs suisses, mais vous remboursiez en euros. Chaque mois, votre banque convertissait vos mensualités au taux EUR/CHF du moment. Tant que ce taux restait stable, le mécanisme semblait neutre.
Le 15 janvier 2015, la Banque nationale suisse a abandonné le taux plancher de 1,20 franc suisse pour 1 euro qu’elle maintenait depuis septembre 2011. Cette décision a provoqué une appréciation brutale du franc suisse sur les marchés des changes. En quelques heures, l’euro a perdu une part significative de sa valeur face au CHF. Pour un emprunteur dont le capital restant dû était exprimé en francs suisses, cela signifiait concrètement que sa dette, convertie en euros, avait bondi du jour au lendemain, sans qu’il ait signé quoi que ce soit de nouveau.
Prenons un exemple simple : si vous deviez encore 150 000 francs suisses à votre banque, et que le taux de change passait de 1,20 à 1,00, votre dette en euros passait mécaniquement de 125 000 euros à 150 000 euros. Vingt-cinq mille euros supplémentaires, sans avoir emprunté un centime de plus. C’est l’effet de levier négatif du risque de change sur un prêt immobilier en devises étrangères.
Pourquoi les banques auraient dû mieux informer leurs clients sur ces risques ?
La question de l’information n’est pas accessoire : elle est au cœur du droit applicable à ces contrats. La directive européenne 93/13/CEE du 5 avril 1993, transposée en France aux articles L.212-1 et suivants du Code de la consommation, pose un principe clair : toute clause non négociée qui crée un déséquilibre significatif au détriment du consommateur est réputée abusive et ne peut lui être opposée. Ce cadre légal existait dès la signature de vos contrats.
Or, dans de nombreux prêts en francs suisses commercialisés en France, les clauses de risque de change étaient rédigées dans un langage technique, sans simulation chiffrée, sans scénario de dépréciation de l’euro. L’emprunteur signait sans mesurer réellement ce qu’une variation du taux EUR/CHF pouvait produire sur sa dette immobilière sur vingt ou vingt-cinq ans.
La Cour de justice de l’Union européenne a tranché cette question dans plusieurs affaires, dont la célèbre affaire Kásler (C-26/13) : les clauses de risque de change doivent être rédigées de façon claire et compréhensible, et l’emprunteur doit avoir été informé des conséquences économiques réelles. À défaut, ces clauses peuvent être qualifiées d’abusives. La Cour de cassation française a suivi cette ligne jurisprudentielle, notamment en faveur des travailleurs transfrontaliers qui percevaient leurs revenus en euros tout en remboursant un prêt en franc suisse.
Ce revirement de jurisprudence est une nouvelle importante pour les emprunteurs lésés : il confirme que le droit est de leur côté lorsque la banque n’a pas respecté son obligation de transparence.
Si vous vous reconnaissez dans ces situations, sachez que vous n’êtes pas seul et que le droit offre des recours concrets. La jurisprudence récente de la Cour de cassation, appuyée par le cadre européen, reconnaît les manquements bancaires dans ces contrats de prêt en francs suisses. Agir suppose de rassembler les bons éléments, de comprendre votre contrat et d’identifier les clauses contestables. Ce travail de préparation est décisif : un dossier solide est la condition première pour faire valoir vos droits face à votre banque.
Sources :
- Directive 93/13/CEE du 5 avril 1993 concernant les clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs – Conseil de l’Union européenne, 1993. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A31993L0013
- Unfair terms in Swiss franc loans: Overview of European Court of Justice case-law, PE 689.361 – Parlement européen, Service de recherche (EPRS), 2021. https://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document/EPRS_BRI(2021)689361








